Le Poumon, « Maître du Qi » ou « Maître des souffles »

En Médecine Traditionnelle Chinoise, le Poumon est appelé « Maître du Qi » ou « Maître des souffles ».

Il contrôle la respiration et assure, selon la tradition chinoise, l’entrée et la sortie du souffle, mais également la diffusion et la circulation du Qi dans l’ensemble du corps.

Il inspire le Qi pur, c’est-à-dire l’air que nous recevons, et participe par l’expiration au rejet de ce dont le corps n’a plus besoin.

On retrouve ici la relation entre le Poumon et l’élément Métal, associé notamment aux notions de séparation, de tri et de purification.

La respiration n’est donc pas considérée comme un simple mécanisme automatique. Elle participe pleinement au mouvement de l’énergie dans l’organisme.

Le Poumon, « Premier ministre » de l’Empereur

Dans la représentation traditionnelle chinoise du corps comme un royaume, les organes sont parfois comparés à de grands personnages.

Le Cœur est l’Empereur.

Le Poumon est son « Premier ministre », son plus proche associé.

L’Empereur gouverne, mais le Premier ministre organise et met en œuvre.

Cette image permet de comprendre le rôle attribué au Poumon : il met en mouvement le Qi, le diffuse et participe à sa circulation dans l’ensemble du royaume.

Il agit à l’intérieur du corps, mais également à sa surface.

À l’intérieur, il fait circuler.
À l’extérieur, il diffuse et protège.

Le Poumon et les Liquides Organiques

Dans la conception énergétique chinoise, le Poumon joue également un rôle dans la circulation et la diffusion des Liquides Organiques.

Il contribue à leur distribution dans différentes parties du corps et entretient notamment une relation étroite avec la peau.

C’est pour cette raison que la tradition chinoise parle également du Poumon comme de celui qui « gouverne la voie des eaux ».

Le Poumon est traditionnellement considéré comme particulièrement sensible à la sécheresse, caractéristique de l’automne.

Dans cette vision énergétique, le Rein joue également un rôle dans l’humidification et le soutien du Poumon.

Le Poumon et la peau

La Médecine Traditionnelle Chinoise établit une relation étroite entre le Poumon et la peau.

L’énergie protectrice, appelée Wei Qi, est traditionnellement décrite comme circulant à la surface du corps.

Elle participe notamment à notre relation avec l’environnement extérieur et à la régulation de l’ouverture et de la fermeture des pores.

La transpiration est elle aussi associée à ce mécanisme.

Lorsque cette fonction est harmonieuse, les échanges entre le corps et l’extérieur sont considérés comme équilibrés.

Lorsque, selon la MTC, cette fonction est perturbée, différents signes peuvent apparaître, comme une transpiration excessive ou spontanée, une peau plus sèche ou une sensibilité accrue aux variations climatiques.

Le Poumon s’ouvre au nez

En Médecine Traditionnelle Chinoise, le nez est considéré comme l’ouverture extérieure du Poumon.

C’est par lui que nous respirons et que nous percevons les odeurs.

Lorsque, selon la MTC, l’énergie du Poumon est harmonieuse, la respiration est fluide et le nez reste normalement dégagé.

À l’inverse, lorsqu’elle est perturbée, on peut observer des manifestations telles qu’un nez bouché, des éternuements ou une diminution de l’odorat.

Le nez représente donc une véritable porte entre nous et le monde extérieur.

Le Poumon et l’automne

Le Poumon est associé à l’automne et à l’élément Métal.

Cette saison nous parle de récolte, de conservation et de retour vers l’intérieur.

Il suffit de regarder la nature : les feuilles tombent, la sève retourne progressivement vers les racines et les végétaux se préparent à une nouvelle étape.

Dans la tradition énergétique chinoise, cette transformation de la nature fait écho aux mouvements de l’être humain.

L’automne devient alors une période de retour vers l’intérieur, de recentrage et de conservation de l’essentiel.

Se délester pour mieux repartir.

Le Poumon et la sécheresse

Le Poumon est traditionnellement considéré comme particulièrement sensible à la sécheresse.

Lorsque l’air devient très sec, certaines personnes peuvent ressentir davantage de sécheresse au niveau du nez, de la gorge ou de la peau.

Dans la lecture de la MTC, cette sécheresse peut également être associée à une toux sèche ou à d’autres manifestations de ce type.

L’automne est donc une période au cours de laquelle cette notion prend toute son importance.

Le Poumon et la couleur blanche

Chaque organe possède, dans la tradition chinoise, un ensemble de correspondances avec les éléments de la nature.

Le Poumon résonne ainsi avec la couleur blanche, couleur traditionnellement associée à l’élément Métal.

Le blanc évoque notamment la pureté, la neutralité, la clarté, la justice et la capacité à trancher ou à décider.

Cette symbolique peut également se retrouver dans l’organisation de l’espace. Dans certaines lectures traditionnelles, l’entrée d’une maison, qui marque la séparation entre l’intérieur et l’extérieur, peut être mise en relation symbolique avec le Poumon.

Le blanc peut alors y trouver naturellement sa place.

On rencontre également, dans certaines traditions, l’idée que porter des vêtements blancs en automne permettrait de mieux accompagner la transition saisonnière. Je préfère toutefois présenter cela comme une symbolique traditionnelle, plutôt que comme une recommandation thérapeutique.

Le Poumon et la saveur piquante

La saveur piquante est traditionnellement associée au Poumon et à l’élément Métal.

Dans la diététique chinoise, on lui attribue notamment une action de mise en mouvement et de dispersion.

Elle peut contribuer à faire circuler le Qi et, dans certaines situations, à favoriser la transpiration.

C’est notamment pour cette raison que certains aliments ou plantes au goût piquant sont traditionnellement utilisés lorsque l’on cherche à « chasser » des facteurs extérieurs comme le froid.

Parmi les aliments ou aromates que l’on retrouve dans cette classification, on peut citer la menthe, la coriandre ou l’origan, ainsi que l’ail, le chou ou le fenouil.

D’autres substances sont considérées comme beaucoup plus fortement piquantes ou chauffantes, comme le piment ou certaines épices.

Mais la saveur piquante n’est pas à utiliser indistinctement.

Dans la tradition chinoise, une personne présentant déjà une faiblesse énergétique ne sera pas considérée de la même manière qu’une personne ayant besoin de disperser un excès ou un facteur extérieur.

Une saveur piquante trop importante peut, selon cette lecture, disperser excessivement le Qi et être préjudiciable dans certaines situations, notamment lorsqu’il existe déjà un vide.

Dans certains tableaux de vide de Yin du Poumon, la prudence est également traditionnellement recommandée vis-à-vis du piquant, notamment en raison de son action dispersante et de son lien avec la transpiration.

La diététique chinoise ne consiste donc pas à dire :

« Le piquant est bon pour le Poumon. »

Elle cherche plutôt à déterminer quelle saveur convient à quel terrain et dans quelle situation.

C’est une nuance importante.

Le Tigre blanc

La correspondance du Poumon avec le Tigre blanc nous emmène dans une autre dimension de la tradition chinoise : celle de la symbolique.

Le Tigre blanc est l’un des grands animaux symboliques associés aux directions et aux cinq mouvements traditionnels.

Il représente traditionnellement l’Ouest, le Métal et l’automne.

Le tigre symbolise également la puissance, la capacité à agir rapidement et le rapport à ce qui tranche et sépare.

Son caractère peut sembler paradoxal : il peut être calme, puis attaquer avec une grande rapidité avant de retrouver son calme.

Dans certaines représentations traditionnelles, le Tigre blanc est associé à une forme de vulnérabilité liée à sa visibilité : contrairement à un animal qui se dissimule, il est exposé et doit constamment composer avec ce qui l’entoure.

Cette symbolique permet de retrouver, une fois encore, les notions de force, de protection, de séparation et de rapport à l’extérieur qui sont traditionnellement associées au Poumon et à l’élément Métal.

Le Poumon et la tristesse

L’émotion traditionnellement associée au Poumon est la tristesse, ainsi que le chagrin et le deuil.

La tristesse n’est pourtant pas forcément négative.

Elle fait partie de la vie et peut accompagner les périodes de perte, de séparation ou de changement.

Dans la tradition chinoise, c’est lorsqu’elle devient excessive ou prolongée qu’elle est considérée comme susceptible d’affecter le Qi du Poumon.

Cette relation entre émotion et respiration est d’ailleurs très concrète dans notre vécu :

nous soupirons lorsque nous sommes accablés,

notre souffle peut devenir plus court lorsque nous sommes bouleversés,

et nous pouvons ressentir une oppression dans la poitrine lorsque le chagrin est intense.

Le corps semble parfois exprimer ce que nous ne parvenons pas à dire.

Le Poumon et le mouvement du Qi

Une des caractéristiques fondamentales du Qi est d’être constamment en mouvement.

Dans la vision énergétique chinoise, le Poumon joue un rôle essentiel dans ce mouvement.

Il diffuse et fait descendre.

Il permet au Qi de se déplacer vers l’intérieur comme vers l’extérieur.

C’est cette fonction qui permet, selon la MTC, de maintenir une circulation harmonieuse dans l’ensemble du corps.

Lorsque cette fonction est perturbée, différents déséquilibres peuvent apparaître.

Dans la lecture traditionnelle chinoise, une faiblesse de la fonction de descente du Poumon peut notamment être associée à une accumulation de Liquides Organiques et à certaines manifestations respiratoires telles que la toux.

 

Le Pô, l’âme corporelle du Poumon

Dans la tradition chinoise, les organes Yin sont chacun associés à une dimension particulière de l’Esprit.

Le Cœur abrite le Shen, tandis que le Poumon abrite le Pô.

Le Shen représente notamment l’Esprit, la conscience, la clarté mentale et notre capacité à penser, ressentir et nous relier au monde.

Le Pô, lui, correspond davantage à la dimension corporelle, instinctive et sensorielle de notre être. Il est ce qui nous relie à notre corps et à ses sensations les plus immédiates.

On pourrait presque dire que :

Le Shen donne la conscience, le Pô donne l’ancrage corporel.

Dans cette conception traditionnelle, le Shen a besoin d’une forme corporelle pour pouvoir se manifester. Le Pô participe justement à cet enracinement dans le corps et dans la matière.

Selon les textes traditionnels, le Pô apparaît avec la constitution du corps et reste lié à celui-ci tout au long de la vie. À la mort, il retourne à la Terre avec le corps.

Le Pô est ainsi intimement lié aux fonctions corporelles, aux sensations, aux réactions instinctives et à notre manière d’entrer directement en contact avec le monde.

Le Pô et les fonctions physiologiques du Poumon

Cette dimension corporelle du Pô permet également de mieux comprendre pourquoi il est associé au Poumon.

Dans la Médecine Traditionnelle Chinoise, le Poumon ne se contente pas de gouverner la respiration.

Il est considéré comme le Maître du Qi et participe à la mise en mouvement de l’énergie dans l’ensemble de l’organisme.

Selon cette vision traditionnelle, il :

• gouverne la respiration ;
• assure la diffusion et la descente du Qi ;
• participe à la circulation du Qi dans les méridiens ;
• contrôle la diffusion du Qi protecteur à la surface du corps ;
• entretient une relation étroite avec la peau et l’ouverture et la fermeture des pores ;
• participe à la circulation des Liquides Organiques ;
• s’ouvre au nez et intervient dans l’odorat ;
• entretient une relation avec la voix et la capacité respiratoire.

Le Poumon est donc, dans la conception énergétique chinoise, un véritable chef d’orchestre du mouvement du Qi.

Il reçoit l’air, met le souffle en relation avec l’énergie issue des aliments et participe ensuite à la diffusion de cette énergie dans l’ensemble du corps.

Le Pô, le Shen et le corps

La relation entre le Shen et le Pô est particulièrement intéressante.

Le Shen, associé au Cœur, représente la dimension consciente, spirituelle et mentale de l’être.

Le Pô, associé au Poumon, représente davantage notre dimension corporelle, instinctive et sensorielle.

L’un ne remplace pas l’autre.

Le Shen pense, perçoit et donne une cohérence à notre existence.

Le Pô nous permet de ressentir physiquement cette existence.

C’est lui qui est associé aux sensations corporelles immédiates, à nos réactions instinctives et à cette relation très directe que nous entretenons avec notre corps.

Cela permet également de mieux comprendre le lien traditionnel entre le Poumon, le Pô et les émotions.

Lorsque nous sommes profondément bouleversés, notre corps réagit immédiatement : la respiration se modifie, nous soupirons, la poitrine peut se contracter, la voix peut changer.

Dans la vision de la MTC, ces manifestations montrent combien l’émotion, le Shen et le corps sont intimement liés.

La tristesse et le chagrin, traditionnellement associés au Poumon, peuvent ainsi affecter le mouvement du Qi et se manifester jusque dans notre façon de respirer et dans nos sensations corporelles.

Ce que nous vivons intérieurement peut parfois se faire entendre directement dans notre corps.

Les partenaires du Poumon

Le Poumon ne fonctionne jamais seul.

Le Gros Intestin

Le Poumon et le Gros Intestin constituent le couple Yin-Yang de l’élément Métal.

Le Gros Intestin assure l’élimination.

Le Poumon, par sa fonction de descente, participe selon la MTC à la dynamique permettant cette élimination.

C’est aussi pour cette raison que la tradition chinoise établit un lien entre un Qi du Poumon qui descend correctement et une élimination harmonieuse.

La Rate

La Rate produit, dans la conception énergétique chinoise, une partie essentielle du Qi, du Sang et des Liquides Organiques issus des aliments.

Le Poumon, en tant que « Maître du Qi », a donc besoin de cette matière première à mettre en circulation.

Poumon et Rate entretiennent ainsi une relation étroite.

Ils participent également, selon la tradition chinoise, à l’équilibre entre sécheresse et humidité, mais de manière différente.

Le Rein

Le Poumon et le Rein participent tous deux au processus respiratoire.

Selon la MTC, le Poumon gouverne l’expiration, tandis que le Rein « reçoit » le Qi de l’inspiration.

Cette relation explique pourquoi une faiblesse du Rein peut, dans la lecture énergétique chinoise, affecter la qualité de la respiration.

Le Poumon et le Rein travaillent donc ensemble pour permettre un souffle profond et harmonieux.

 

Les principales correspondances du Poumon

Pour résumer, le Poumon est traditionnellement associé :

• à l’élément Métal ;
• à l’automne ;
• à la couleur blanche ;
• à la saveur piquante ;
• à la direction de l’Ouest ;
• à la peau ;
• au nez et à l’odorat ;
• à la tristesse, au chagrin et au deuil ;
• au Gros Intestin ;
• au Tigre blanc ;
• et, dans l’horloge énergétique traditionnelle, à la période 3 h – 5 h.

Ces correspondances constituent un système traditionnel de lecture du corps et de son environnement.

Pour conclure

Nous pouvons finalement comprendre pourquoi le Poumon occupe une place si importante dans la Médecine Traditionnelle Chinoise.

Il est lié au souffle, au Qi, à la peau, au nez, aux Liquides Organiques, à la relation avec l’extérieur, à la tristesse et au mouvement de retrait propre à l’automne.

Il est également au cœur d’un vaste réseau de correspondances avec le Cœur, la Rate, le Rein, le Gros Intestin, la couleur blanche, la saveur piquante et le Tigre blanc.

Respirer. Diffuser. Faire circuler. Protéger. Trier. Laisser partir.

Peut-être est-ce finalement l’un des enseignements du Poumon :

Conserver l’essentiel et laisser partir ce qui doit l’être.